Interview à Fraternité Matin de Luis Marquès: Les 3 Lascars

view_agenda Categorie : Interview, person Éditer par : Fousseni, date_range 09/12/2021

interview LUIS MARQUES(,prix spécial cedeao pour intégration (dadié véronique)(2)

interview LUIS MARQUES(,prix spécial cedeao pour intégration (dadié véronique)(2)

Luis Marquès (Co-producteur) de « Les Trois Lascars): « Nous avons fait un film pour les Africains et par les Africains »

 

Le directeur d’Alma Productions revient sur le film qui a décroché le prix de la Cedeao au Fespaco 2021 et donne sa vision du cinéma africain de demain.

 

Vous revenez du Fespaco avec le prix spécial Cedeao décerné au Film ‘’Les trois lascars’’. Que retenez-vous de ce sacre ?

D’abord, on était hyper heureux que le film soit sélectionné. Vous savez, généralement ce n’est pas ce genre de film dit populaire ou grand public qui est recherché pour les festivals. On recherche plutôt des films d’auteurs, avec de grandes thématiques et esthétiques historiques. Donc honnêtement, on ne s’attendait pas à être sélectionné en compétition officielle de long-métrage au Fespaco. Le prix est venu comme une cerise sur le gâteau que nous savourons aujourd’hui avec joie et fierté. Je vais vous faire une confidence. Notre Fespaco, pour nous était déjà gagné après les deux projections du film qui ont suscité un réel engouement auprès du public. C’était tellement extraordinaire que des observateurs ont même confié que s’il y avait un prix du public, le film remporterait ce prix. Le Fespaco 2021 est aussi une grande reconnaissance pour Boubakar Diallo, ce grand réalisateur burkinabé qui a été très souvent malmené par le grand cinéma d’auteur parce qu’il a toujours fait des films pour son public avec beaucoup d’humour. Au total, le Fespaco a été un succès au-delà de nos espérances.

 

Les trois Lascars et leurs Tchizas

Les trois Lascars et leurs Tchizas



 

Quel est le message que vous entrevoyez derrière ce prix?

Ce prix montre bien qu’il faut donner la place à plusieurs formes de cinéma et que pour que le cinéma et les salles se remplissent il faut faire de grands films populaires pour ramener le public dans les salles et après, on pourrait leur proposer d’autres thématiques assez pointues parce qu’ils auront déjà repris le goût de revenir dans les salles. Je pense qu’il faut combiner les deux formes de cinéma pour réveiller le grand public. Le cinéma avant tout, c’est le plaisir et il faut retrouver le plaisir d’aller en salle et l’humour peut-être un bon outil pour arriver à cela. C’est pourquoi le film ‘’Les trois Lascars’’ a été conçu par des Africains et pour les Africains.

Ce prix Cedeao ne s’inscrit-il pas aussi dans votre vision panafricaine du cinéma ?

Je voudrais avant tout rendre hommage au Fonds de soutien à l’Industrie Cinématographique (Fonsic Clap/Acp), qui a permis que ce projet de film ivoiro-burkinabé soit une réalité. Et je pense que cette bi-nationalité du film a contribué à obtenir ce prix qui est dans l’esprit du film que nous avons voulu panafricain. C’est très encourageant car je pense qu’il y a un vrai avenir dans la mutualisation des compétences entre le cinéma burkinabé et ivoirien. Avec deux sources de financement, deux sorties, deux télés partenaires, cela démultiplie les possibilités de vie du cinéma en salle. Il y a d’ailleurs dans les accords des ‘’Traités d’amitié et de coopération’’ (Tac) entre le Burkina et la Côte d’Ivoire, des décrets de collaboration au niveau du cinéma qui existent. Et ‘’Les trois Lascars’’ traduit en acte concret ces accords.

Vu sous cet angle, pourrait-on déduire que la problématique question de financement trouve ainsi une solution durable ?

En effet ! Parce qu’il n’y a pas suffisamment de fonds. Ici, les cinéastes sont obligés de proposer des projets de films aux organismes internationaux qui, eux, ont des exigences et un type de film qui les intéresse. Ils sont donc obligés de leur proposer des films qui leur plaisent pour éventuellement avoir un financement pour faire un film qui devrait, en principe, plaire aux Africains. Hélas, dans un tel schéma, les deux approches sont incompatibles. Il est donc difficile en Afrique de développer une industrie du cinéma avec deux films par an.

Je suggère qu’on suive l’exemple du cinéma scandinave. Il y avait la Suède, la Norvège et le Danemark. De petits pays, pas d’argent, peu de salle. Un jour, ils ont décidé de se mettre ensemble pour créer une commission commune. Chaque pays apporte son apport financier en cinéma. Cette commission décide des meilleurs projets, peu importe la nationalité.

La commission finance les films qui sont de qualité et qui ont la capacité de remplir les salle. En outre, cette commission a pour obligation de faire travailler les techniciens et acteurs des trois pays sur les productions. C’est comme ça qu’ils sont arrivés à faire du cinéma scandinave, l’un des plus dynamique au monde aujourd’hui.

Avons-nous ici les mêmes atouts que ces pays scandinaves ?

Les atouts sont bien là. Pourquoi par exemple ne pas commencer avec la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali? Nous avons en commun la façon de penser, la culture, le langage et des Stars.

Après, on pourrait l’étendre sur un échantillon plus vaste. Nous l’avons expérimenté avec ‘’Les trois Lascars’’ et ça se passe bien. Quand tu regardes le film, tu ne vois pas la nationalité des acteurs mais leur jeu excellent et la qualité du film. C’est d’ailleurs cette fusion culturelle qui fait tout le charme du film dont les acteurs sont de nationalité diverses. Je pense que c’est une piste à explorer sérieusement. La fusion des deux cinémas est donc possible techniquement, financièrement et culturellement. Nous avons un public potentiel de 14 pays dans la Cedeao. C’est une idée lumineuse qui rend la production moins couteuse, donc beaucoup de films disponibles, exploitables dans 14 pays, donc quatorze fois rentable. Il faut rêver et moi, c’est mon rêve.

 

Les Trois Lascars

Les Trois Lascars



Cette coopération ne doit évidemment pas s’arrêter à la production car après il faut pouvoir exploiter le film en salle.

La coopération règle également l’exploitation des films dans les pays en partie sur le projet. A ce sujet d’ailleurs, au vu des potentialités du film, le groupe Canal a décidé de sortir le film dans toutes les salles Canal Olympia en Afrique. Pour l’instant, on est sur 14 salles dans une dizaine de pays (Côte d’Ivoire, Burkina, Sénégal, Cameroun, Niger, Togo, Bénin, Congo Brazza, Mali, Gabon).

Le film est donc sorti le 5 novembre dans toutes ces salles. Si le circuit est bien huilé, ça veut dire que désormais, on a un circuit de distribution viable pour les films africains. Jusque-là, ce n’est pas le cas parce que l’exploitation en salle est nulle par manque de salles. Par contre avec 14 salles dans 10 pays, vous voyez que la donne change. En même temps, il faudra aussi que les producteurs pensent panafricain dans la conception des films de sorte que tous les publics s’y retrouvent.

On a vu le grand succès du film ‘’Le gendarme d’Abobo’’. Aujourd’hui, c’est une autre comédie ‘’Les trois Lascars’’. Pensez-vous que le cinéma africain a trouvé sa voie dans ce genre de film populaire et riche en humour ?

Je crois qu’il y a un type de cinéma africain capable de remplir les salles et ces deux films sont des exemples très édifiants. Depuis toujours, on a plus privilégié au niveau des financements internationaux les films d’auteur et moins les films considérés comme populaires vu comme une espèce de sous genre. Mais ça, c’est un héritage du système francophone. On considère que tout ce qui est ludique est moins ‘’sérieux’’. Il faut dépasser cette conception. Le public africain a envie de se reconnaitre dans les films, s’identifier à la trame et passer de bons moments en salle. Face aux pressions quotidiennes de la vie, il a envie de prendre un bon air d’humour pour se détendre et c’est ce à quoi répondent les films populaires. On peut également faire d’autres genres de films mais, il ne faut surtout pas oublier la réalité de public africain. On peut faire des films africains pour le public européen et les critiques des grands festivals internationaux, mais cette option malheureusement, ne remplit pas les salles.

On parle de Hollywood aux États-Unis, Bollywood en Inde, Nollywood au Nigeria. Babywood en Côte d’Ivoire, vous y croyez ?

Si au niveau des films, on arrive progressivement, c’est le boom au niveau des séries. Les choses bougent énormément avec un bon vivier d’acteurs, de réalisateurs et techniciens de talent. Je voudrais profiter de l’occasion pour rendre hommage à l’État ivoirien pour ces actions en faveur du cinéma. Pour qu’un État soutienne son cinéma, il doit se doter d’outils. C’est ce qui a été fait avec la création de l’Office national du cinéma (Onac-ci). Dans le même élan, Il y a eu le Fonds de soutien à l’Industrie Cinématographique (Fonsic Clap/Acp). Ce fonds soutient aujourd’hui des productions et encourage des co-productions à l’international. Maintenant ce qu’il faut, c’est de travailler à renouveler ce fonds. Il faut donc encourager l’État à mettre les financements à disposition par des productions de qualité qui ont un réel impact sur le public et l’industrie cinématographique. Si on fait des films qui ne se voient nulle part en dehors de quelques festivals eh bien, il y a de quoi se décourager car on finance à perte mais, si les films tournent en salle et touchent le grand public alors, cela encourage l’investissement public qui va contribuer à mettre en place une vraie industrie du cinéma qui verra l’avènement certaine de Babywood

Un ton de comédie populaire, une thématique profondément africaine et féminine, un casting panafricain. Tels sont les trois piliers sur lesquels est construite la production du film ‘’Les trois Lascars’’. Une comédie de mœurs orchestrée par des époux et leur ‘’Tchiza’’ : ce concept universel du ‘’deuxième bureau’’, expression qui signifie l’amante régulière. Pour le synopsis, sous la pression de leurs ‘’Tchiza’’, trois amis organisent une virée extraconjugale hors de Ouagadougou. Une mission bidon à Abidjan est l’alibi parfait. Mais quel cauchemar lorsqu’ils apprennent que l’avion qu’ils devaient prendre s’est crashé ! Comment revenir à la vie lorsque l’on est supposé être mort ? La vengeance des femmes sera cuisante...

L e film ‘’Les trois Lascars’’ qui est une coproduction tripartite entre la France (Les films d’Avalon), le Burkina Faso (Les films du dromadaire) et la Côte d’Ivoire (Alma Productions) a été réalisé par Boubakar Diallo, le célèbre réalisateur Burkinabé de comédie qui a signé, entre autres ‘’Congé de mariage’’, ‘’La villa rouge’’, ‘’Le bonnet de Modibo’’ et les séries ‘’Fabiola’’, ‘’La sacoche’’, ‘’La team des belles et des rebelles’’. Pour produire un vrai film panafricain, le casting a fait appel à des stars venues du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire : Dieudonné Yoda et Mouna N’Diaye pour le Burkina, Kadhy Touré, Mahoula Kane, Zena Alisar Khalil et Eve Guehi pour la Côte d’Ivoire.

 

Par serges n'guessant